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La réhabilitation du tapis de Guergour est-elle possible ?

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Exemplaire de tapis de Guergour fabriqué par l'unité de tissage de Guergour avant sa dissolution en 1987

 

Il n’y a pas si longtemps, une filiale de l’Unité Communale Touristique, Artisanale et Thermale (UCTAT) produisait des tapis de Guergour de bonne qualité. Entreprise publique économique, l’UCTAT fût créée en 1967 avec pour mission de gérer l’hôtel Tafat à Bougaa, l’unité de tapis de Guergour et la station thermale. Elle relevait de la commune de Bougaa (Wilaya de Sétif).

 

L’UCTAT était dirigée par un directeur général et chaque filiale avait à sa tête un directeur. L’unité de tissage de tapis était gérée par une directrice, aidée par une monitrice chargée de la formation des nouvelles recrues et de l’encadrement des 26 ouvrières qui y travaillaient à l’époque.

 

Les ouvrières nouvellement recrutées étaient soumises à un stage de formation de trois mois, au sein de l’unité même, avant leur entrée en production.

 

Les tapis étaient de différentes dimensions et à base de la laine pure et de coton. La laine filée et teintée venait d’Ain Beida, une ville de l’actuelle Wilaya d’Oum El Bouaghi, dans l’Est Algérien. Le coton filé provenait de M’Sila, localité du Sud de la Wilaya de Sétif.

 

Le tissage de tapis se faisait manuellement et en série à l’aide de métiers à tisser métalliques. La rémunération des ouvrières était de 280 dinars le mètre carré. La meilleure ouvrière arrivait à produire, au plus, trois mètres par mois.

Malgré leur bonne qualité, les tapis produits par l’unité de Guergour ne trouvaient pas facilement acheteurs eut égard à leur coût de production relativement élevé.

 

Soutenue financièrement par la station thermale jusqu’à sa dissolution en 1985, l’unité de tissage de tapis de Guergour était économiquement peu viable dès le départ. Sa dissolution avait été précipitée par l’inondation du marché par des tapis d’importation peu chers et de bonne qualité.

 

Depuis sa fermeture, beaucoup de tentatives de réhabilitation de la production du tapis de Guergour ont été initiées par la Wilaya de Sétif, la direction de la formation professionnelle et la chambre de l’artisanat et des métiers, mais à ce jour, sans résultat.

 

En effet, les services de la Wilaya de Sétif ont toujours soutenu et encouragé la direction de la formation professionnelle et la chambre de l’artisanat et des métiers à lancer des actions de nature à faire revivre le tapis de Guergour, d’abord en formant la main d’œuvre qualifiée, puis envisager le passage à la phase production.

 

De son côté, la direction de la formation professionnelle de Sétif avait récupéré les anciens métiers à tisser de l’unité dissoute ; mais le manque de monitrice, la cherté de la matière d’œuvre et la rareté de débouchés commerciaux pour ce genre de tapis avaient freiné cette première initiative.

 

La même direction, après la construction d’un centre de formation professionnelle et de l’apprentissage à Hammam Gergour, a équipé un atelier destiné à la formation de jeunes filles dans le métier de tissage de Tapis de Guergour. Pour les mêmes motifs cités plus haut, l’atelier et ses équipements sont restés inutilisés. Les responsables de ce centre ont tout fait pour recruter une monitrice, mais leurs efforts sont restés sans résultat. Les anciennes ouvrières qualifiées dans le domaine de tissage de tapis de Guergour sont très rares de nos jours, voire introuvables ; certaines sont décédées et d’autres sont trop vieilles pour travailler. Et même si on arrivait à trouver une ancienne ouvrière de l’unité dissoute, elle ne pourrait pas répondre aux critères de recrutement institués par la fonction publique (être titulaire d’un Certificat d’Aptitude Professionnelle,  avoir une expérience de 5 à 10 ans et réussir aux épreuves du concours).

 

Par contre, la chambre de l’artisanat et des métiers de Sétif a pu lancer des groupes de formation de jeunes filles dans le tissage de tapis de Guergour avec l’encadrement d’une ancienne monitrice. La formation a débuté en 2013 et à ce jour, 22 stagiaires ont appris le métier et un autre groupe est en formation depuis le début de l’année 2017, dans un petit atelier aménagé au sein de son siège administratif. Il reste à trouver les mécanismes adéquats pour le lancement de la production effective du tapis de Guergour. ( vidéo reportage

 

Ces tentatives de réhabilitation du tapis de Guergour pourraient-elles aboutir à des résultats concrets dans un contexte où la main d’œuvre qualifiée manque beaucoup et les chaines de productions de matières d’œuvre et de commercialisation sont rompues ? Eut égard aux expériences vécues jusque là, il serait très difficile de croire à un éventuel miracle, à moins d’adopter une approche qui tienne compte de tous ces facteurs et de faire preuve d’imagination et d’innovation pour arriver à produire des tapis de Guergour qui puissent être écoulés sur le marché aux côtés des autres de fabrication industrielle. Pour cela, il faudrait que les pouvoirs publics s’impliquent davantage, notamment à travers l’octroi de subventions de démarrage dans le cadre des différents fonds et dispositifs d’aide à l’insertion professionnelle (ANSEJ, ANGEM, etc). Il faudrait également encourager les jeunes filles à apprendre ce métier et les aider à commercialiser leurs produits à travers un encadrement et des canaux appropriés. Les actions isolées engagées dans le passé, sans aucune étude préalable de faisabilité, n’ont pas donné de résultats. Pour parvenir à réhabiliter le tapis de Guergour, il faudrait donc changer de méthode et d’approche.

 

L’exemple de l’unité de production de tapis sise à Cherchel est édifiant. Unité publique dissoute probablement pour les mêmes raisons que celles de l’unité de tapis de Guergour, les ouvriers l’ont rachetée à l’Etat et produisent actuellement, sur commande, tous les types de tapis traditionnels algériens, y compris celui de Guergour. Pour cela, ils ont dû tout revoir pour se mettre aux normes de rentabilité et du marché.   

 

Ecrit par Rachid Sebbah

 

Abréviations :

-          ANSEJ (agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes)

-          Angem (agence nationale de gestion du micro-crédit)



09/04/2017
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