Lemroudj_Setif_Algeria

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Thajmaath

Il n’y a pas si longtemps,  dans chaque village kabyle, existait Thajmaatht, assemblée des sages ayant pour mission la gestion des affaires de la communauté. Ses membres étaient choisis par les citoyens en tenant compte de leur âge, sagesse, disponibilité, situation économique et place dans la société villageoise.

 

Tajmaath avait plusieurs attributions et missions, notamment :

-          Le règlement des litiges,

-          L’ouverture et l’entretien des routes,

-          L’organisation de Louziaa ou Thimachrat,

-          L’organisation de Thiwizi,

-          L’organisation de  lakhatia,

-          L’organisation de Ajemaa.

-          La prise en charge du logement, salaire,  bois de chauffage et eau potable pour l’imam du village, etc.

 

Bref, Tajmaath avait l’autorité sur l’ensemble du village et ses décisions étaient strictement respectées tous.   

Le vide laissé par le pouvoir central avant le déclenchement de la révolution de 1954 avait été comblé par les citoyens eux-mêmes en instituant Thajmaath ; un mode d’organisation de la communauté villageoise pour le maintien de l’ordre, l’instauration de la justice et de l’équité dans le but de vivre ensemble grâce à la solidarité agissante.

 

A l’époque, les habitants du même village étaient condamnés à vivre ensemble en fédérant leurs moyens et leurs efforts ; ils ignoraient le pouvoir central qu’ils ne connaissaient que lorsqu’il fallait payer de lourds impôts, déclarer une naissance ou un décès, répondre à un appel au service militaire.

 

Ce système avait bien réussi à encadrer la société dans tous les domaines, notamment la réalisation des labours, des moissons, du battage de céréales, de la construction et des travaux de maintenance de la mosquée, de l’ouverture et de l’entretien des routes, la construction et  l’entretien des fontaines publiques, du transport de roues en pierre pour huilerie et moulins à moudre le blé et l’orge, de la réalisation de systèmes d’irrigation pour les jardins destinés à la productions des fruits et légumes dont les habitants avaient besoin, etc.

 

Avant la révolution du premier novembre 1954, l’absence du pouvoir central colonial dans les territoires à relief accidenté ne présentant pas d’intérêts économiques ou stratégiques militaires a favorisé l’émergence de l’auto gouvernance. C’était bien le cas dans les villages kabyles. A cela s’ajoute le fait que les habitants du village étaient astreints à vivre ensemble, en communauté ; car, tout seul, nul ne pouvait faire face à la vie. Il fallait fédérer leurs moyens et leurs efforts pour mener à bien les labours, les moissons, le battage des céréales, la construction de la mosquée et des maisons individuelle, l’ouverture et l’entretien des routes, l’aménagement de fontaines et leurs entretien, le transport de roues en pierre pour huilerie ou moulin à  grains, création de systèmes d’irrigation et leur gestion équitable, ajemaa, etc.

 

De nos jours, Thajmaat existe encore dans certains villages Kabyles, mais, sous l’effet de la société moderne, elle ressemble plus à une association du fait du grand nombre de ses membres, de la façon dont elle est organisée (en commissions), de ses missions et de ses attributions, etc. Dans d’autres villages,  les associations ont pris le relais sans pour autant s’imposer comme le faisait Thajmaath en veillant sur tous les domaines avec sagesse, bravoure et équité.

 

Auteur : Rachid Sebbah



05/09/2018
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