Lemroudj_Setif_Algeria

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Mohand Ouamar Ouchaavane

Mohand Ouamar Ou chaavane


Mohamed Sebbah, ben Amar, dit Mohand Ouamar Ouchaavane, est natif de Lemroudj. Il est né en 1886 et mourût en Mai 1959.

 

Cultivateur de profession, Mohand Ouamar n'avait pas fréquenté l'école. Il  ne savait ni lire ni écrire ; mais sa sagesse avait fait de lui un honorable notable de la Djemaa (comité chargé par les citoyens de gérer les affaires courantes du village).

 

Il avait beaucoup de passion pour la religion musulmane qu'il pratiquait avec vénération pour Allah, Dieu l'Unique et Tout Puissant. D'ailleurs, il avait  envoyé ses quatre enfants à l'école coranique ; deux d'entre eux, Amar et Arezki, étaient devenus des imams.

 

Toujours, pour les affaires du culte musulman, Mohand Ouamar était un adepte assidu de la Zaouia de Cheik M'hamed Sahnoun implantée à Thaghrast (Ighzer Amokrane, wilaya de Béjaia).

 

C'était dans cette Zaouia  que ses enfants avaient poursuivi l'apprentissage du Saint Coran après avoir appris l'alphabet arabe et quelques versets à la mosquée du village. Il rendait souvent visite à ce Cheikh et à sa Zouia ; il y contribuait matériellement comme il le pouvait.

 

A l'époque, première moitié du 20eme siècle, l'agriculture était l'activité dominante par excellence. Mohand Ouamar produisait tous les produits vivriers dont sa famille avait besoin et bien plus.

 

Ses terres, très morcelées, constituaient son unique source de revenus. Non seulement il les avait préservées en les travaillant mais il avait acquis d'autres en les achetant.

 

Outre les acquisitions, il avait su gérer ses terres pour en tirer le meilleur profit. Ayant compris que l'arboriculture pouvait s'accommoder à ses terrains accidentés, il avait planté certaines parcelles en oliviers, d'autres en figuiers, Il cultivait du raisin de table et bien d'autres arbres fruitiers qui continuent à livrer leurs fruits jusqu'à ce jour.

 

A la base, il y avait surtout les céréales (blé dur et orge) ; car à l'époque, il n'y avait pas de semoule dans les rares magasins que comptait le village. Chaque chef de famille devait produire ce dont il avait besoin pour nourrir les membres de sa famille parfois en s'associant avec ceux qui en possédaient les moyens de production pour les aider à produire et recevoir sa part en grains de blé et d'orge.

 

Mohand Oumar, aidait également les familles démunies ; c'était une vertu de tout musulman croyant et pratiquant. Au retour, lui et sa famille étaient respectés par tous les citoyens de Lemroudj et même ceux des villages voisins ; ses descendants le sont encore de nos jours.

 

Même illettré qu'il était, il avait compris la nécessité de créer des liens solides avec les membres de la société dans laquelle il vivait. Il avait également le sens de la communication ; il participait au règlement de tous les conflits qui survenaient de temps à autre parmi  les membres du village ou des villages voisins. On disait que lorsqu'il intervenait, le conflit était vite réglé et sans difficulté ; car il savait convaincre les parties en conflit et, souvent, il prenait en charge  les frais qui en découlaient.

 

Beaucoup de bien se disait à son sujet. Lui aussi, sa vie durant, il n'avait fait que du bien ; que Dieu le récompense en l'admettant dans son vaste paradis ; et pour ses enfants et leurs descendants, qu'ils continuent à faire du bien comme leur père et leur grand père.

 

A son époque, la vie était dure, très dure même. Les conditions de vie étaient incomparables avec celles d'aujourd'hui.

 

Bien que situé au nord de l'Algérie, le village Lemroudj était pratiquement isolé du fait de l'absence de route carrossable,  de moyens de communication et autres infrastructures de base. Les habitants se chauffaient au bois. Le blé était moulu à la maison ou bien auprès de l'un des nombreux moulins à eau installés au bord de la rivière Bousselem et du ruisseau (thighzarth) qui descendait du village  Ighvouliyène.

 

Ils se nourrissaient des produits provenant des travaux agricoles qu'ils entreprenaient. Ils commercialisaient la figue sèche ; cette dernière, de très bonne qualité, produite en grande quantité, avant son exportation essentiellement vers la France et les pays d'Europe, était conditionnée à Béjaia et à Sidi Aich ; ceux sont deux villes de la petite Kabylie.

 

Cependant, le produit de cette vente servait essentiellement à  payer de lourds impôts à l'administration coloniale française. C'était très injuste car, en retour, ces humbles gens ne bénéficiaient d'aucun service public autre que l'enregistrement à l'état civil à l'occasion de naissances ou de décès. C'était absurde, mais la loi du plus fort devait s'appliquer au nom de la justice telle que conçue par l'administration coloniale de l'époque.

 

Mohand Ouamar, apparemment riche grâce aux terrains agricoles qu'il possédait, n'avait pas vraiment profité de la vie mais il avait légué à ses enfants un trésor précieux, le savoir (El Ilm) ; il avait dépensé beaucoup d'argent pour que ses enfants apprennent  à lire et à écrire et devenir des hommes du savoir. Beaucoup d'autres bonnes choses pouvaient se dire à son sujet.

 

Il avait vécu des moments très difficiles notamment durant les deux guerres mondiales et la guerre de libération nationale. Il avait également souffert avec ses enfants surtout en 1945 et en 1949 ; deux années qui sont restées gravées dans les mémoires des survivants. La famine, les maladies contagieuses et bien d'autres maux faisaient partie de leur quotidien de l'époque.

 

Il mourut en mai 1959 après avoir été malade pendant quelques mois. C'était, la fin d'un homme mais pas celle de ses oeuvres charitables que ses enfants, unis, avaient continuées  depuis.

 

Bien avant sa mort, il avait remis la gestion des affaires de la famille à son fils, Azeki ; car Amar, l'aîné, travaillait comme Imam à la Zaouia des Ourabah à Oued Amizour, avant de devenir l'Imam de la mosquée de Sidi Aich.

 

Son épouse, Zouina, fille d'un cultivateur du village voisin, l'avait aidé et était aussi charitable que lui. Elle avait également le sens de la communication avec ses voisines et tous les membres qui composaient la grande famille dont relevait son mari.

 

Bien que son décès remonte à 1981, il faut dire qu'elle n'a pas beaucoup profité des changements positifs survenus après l'indépendance du pays. Elle n'avait jamais accepté de monter dans une voiture même lorsqu'elle se rendait chez ses parents ; comme elle n'avait jamais consulté un médecin et ni pris des médicaments.

 

Enfin, la dureté de la vie quotidienne avait forgé les hommes et les femmes contemporains de Mohand Ouamar Ouchaavane et son épouse. L'organisation sociale de leur époque était de loin plus humaine et solidaire que celle de nos jours.Auteur :

 

Rachid Sebbah

 



11/06/2010
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